ÉLECTIONS QUÉBEC 2026 — Retour sur le débat en santé mentale du 8 septembre

Avons-nous raté une occasion?

Le 8 septembre, la Coalition communautaire en santé mentale a organisé un débat électoral réunissant des représentants de trois partis politiques : le Parti libéral du Québec (PLQ), le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS). La Coalition Avenir Québec (CAQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ) ont décliné l’invitation.

Je tiens d’abord à féliciter la Coalition pour cette initiative importante. Il était rafraîchissant d’entendre de nouvelles voix, plus jeunes, représenter chacun des partis.

Cela dit, je suis repartie avec une question : avons-nous raté une occasion?

Ce qui s’est déroulé ressemblait davantage à un échange qu’à un véritable débat. Les trois partis se sont entendus sur plusieurs points, notamment sur les déterminants sociaux, et l’importance du réseau communautaire en santé mentale. Chacun a laissé entendre qu’un gouvernement dirigé par son parti lui accorderait davantage de soutien.

Mais nous avons déjà entendu ce discours.

Malgré les engagements politiques répétés, peu de choses ont changé en matière de financement adéquat des organismes communautaires en santé mentale. Les gouvernements font des promesses, puis réduisent les budgets. Dans le langage de l’État, on les « optimise ».

À un moment où la santé mentale est au cœur des défis auxquels fait face la société québécoise, et alors que notre système de santé et de services sociaux est de plus en plus fragilisé, j’ai trouvé décevant que le débat n’ait pas davantage confronté les partis à leur bilan, à leurs contradictions et à leurs choix.

Le PQ et le PLQ ont tous deux étés au pouvoir. Qu’ont-ils fait concrètement pour renforcer le réseau communautaire en santé mentale ? La réponse n’est certainement pas évidente lorsqu’on regarde la situation actuelle des organismes communautaires.

Un exemple illustre bien le problème. Lorsqu’on a demandé à la représentante libérale, Elisabeth Prass, ce qu’elle pensait du sous-financement chronique des organismes communautaires en santé mentale, elle a identifié la rénovation de l’Institut Douglas comme une priorité.

J’aurais souhaité que l’animateur — ou quelqu’un dans la salle — la mette au défi sur ce point et rappelle une distinction fondamentale : l’Institut Douglas n’est pas un organisme communautaire.

Camille Pellerin Forget pour le PQ a, pour sa part, parlé des services communautaires comme de services de « première ligne ». Je remettrais également cette terminologie en question.

Les organismes communautaires sont souvent à la fois en première, en deuxième et en troisième ligne. Mais surtout, ils ne fonctionnent pas selon la logique ou la hiérarchie du système public de santé et de services sociaux. Leur force réside précisément dans leur autonomie, leur proximité avec les communautés et leur capacité d’intervenir en dehors des cadres institutionnels.

C’est une réalité que le prochain gouvernement devra comprendre.

Il faut également confronter les partis à leurs contradictions. Tous les participants ont parlé de l’importance de la prévention. Pourtant, le réseau communautaire en santé mentale est au cœur de la prévention, et son rôle a été remarquablement peu abordé.

David Poulin Latulippe pour QS a fait le lien avec la santé publique, mais là encore, on a peu reconnu la contribution essentielle des organismes communautaires en santé mentale à la prévention.

C’est précisément là que le débat aurait pu aller beaucoup plus loin.

Les gouvernements — passés comme présents — sont de plus en plus déconnectés des réalités vécues dans nos communautés. Si nous voulons réellement reconnecter la politique à ces réalités, les débats électoraux doivent faire plus qu’offrir aux politiciens une tribune pour exposer leurs positions.

Ils doivent les mettre au défi.

Pourquoi ne pas donner la parole à une personne ayant une expérience vécue de notre système et de ses échecs? Pourquoi ne pas demander à chaque parti de répondre directement aux échecs du passé et d’expliquer comment il éviterait de reproduire les mêmes erreurs? Pourquoi ne pas les obliger à préciser ce qu’ils feraient concrètement différemment s’ils étaient élus?

Pour véritablement distinguer un parti de l’autre, il fallait aller au-delà des positions annoncées et plonger plus en profondeur afin de comprendre leurs véritables intentions.

C’est ce qui aurait transformé l’événement : un simple échange de positions politiques serait devenu un véritable débat sur l’avenir de la santé mentale au Québec.

Avons-nous raté une occasion?

Je crois que oui.

Mais d’autres occasions se présenteront.

Aucunes des déclarations lors de cette discussion peuvent être réalisés sans le réseau communautaire.

Nous devons continuer à interpeller les partis politiques. Nous devons exiger que le gouvernement reconnecte ses politiques et ses actions aux réalités de nos communautés.

Mais, nous devons aussi continuer à défendre l’autonomie des organismes communautaires..

Travailler en partenariat avec l’État, oui.

Devenir une partie de l’État, non.

Cette distinction n’est pas sémantique.

Elle est fondamentale pour l’avenir de la santé mentale communautaire au Québec.

Karen Hetherington est une consultante canadienne en santé mentale communautaire qui compte plus de 35 ans d’expérience dans les domaines des politiques en santé mentale, du développement communautaire, de la pratique clinique, de l’éducation et de la défense des droits. 

Elle travaille avec des gouvernements, des organisations de soins de santé, des universités, des entreprises et des groupes communautaires au Québec, partout au Canada et à l’international. 

Elle est aussi une fidèle alliée de notre réseau.

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À propos de la Coalition communautaire en santé mentale

La Coalition communautaire en santé mentale est composée de quatorze organisations et regroupements provinciaux en santé mentale. 

En apprendre davantage au sujet de cette initiative.

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